
Comme je suis une lectrice je suis très sensible aux choix des mots, à la façon dont ils sont dits, et surtout à ce qu'ils veulent nous faire entendre, nous faire croire qu'on la pensé soi-même.
Pourquoi je dis ça ?
Parce que je viens de regarder l'interview de notre
dear Marine le Pen sur France 2. J'étais évidemment très curieuse d'entendre son discours, son phrasé, de voir comment elle allait réagir aux questions. Et j'ai pris une petite feuille, un petit stylo et j'ai noté. J'ai noté des trucs dont je vais vous parler ensuite, mais la première chose est que j'ai regardé le langage du corps de notre
dear candidate. Elle affichait évidemment cette joie, cet espèce de triomphe déplacé de penser savoir la
vérité alors que les autres pauvres mortels sont dans le marasme. Ses grands rires qui se veulent racoleurs et raccrocheurs, mais en dehors de ça j'ai regardé son visage,
ses regards. Et pendant toute sa parlotte, quelque chose me gênait. Je n'ai compris qu'à la fin. A chaque question où elle semblait désarçonné, notre chère Marine, regardait vers le haut, à droite, comme ce petit enfant de la photo de Doisneau qui cherche quel meilleur mensonge à servir à son maître. Alors que les politiques mentent et rebondissent sur des propos n'est pas nouveau, mais cette façon de le faire, cette façon si manifeste ne m'avait jamais frappée autant qu'avec cette femme.
En gros notre petite Marine est une fieffée menteuse. Mais bon ça on le savait.
Je crois que lire des bouquins développe l'empathie. Je ne sais plus quel journal en faisait état récemment. Et que cette empathie développée permet, dans une certaine mesure, de visualiser, de se représenter, une certains nombres de situations, de comprendre et d'imaginer surtout ce qui pourrai arriver. Quand j'écoute parler Marine le Pen, quand je note son chant lexical (merci les cours de français de 6
e), je vois très bien des scènes de
Fahrenheit 451, du
Meilleur des mondes, de
La ferme des animaux, en bref de tous les bouquins d'anticipation que j'ai pu lire ces dernières années. Ça m'a aussi fait penser à la sorte de voix off qu'on pouvait avoir pendant les réunions de mages dans les bouquins de Loevenbruck,
La moïra. Et encore plus à cette analyse textuelle dans le premier volume du
Fondation d'Isaac Asimov, où le scientifique montre au dirigeant que l'émissaire étranger n'a au final rien promis, rien dit de pertinent et qu'ils se sont fait rouler dans la farine et qu'ils n'auront qu'à se débrouiller tous seuls.
Donc bref quand j'entends parler une telle personne, je vois une société qui ne vous veut que du bien, qui dit ses discours avec un grand sourire, mais qui dans le dos vous serre la vis jusqu'à ce que vous soyez un jolie petit parangon de propagande.
Le truc le plus intéressant sur son discours, c'est que contrairement à son père, miss le Pen est plus subtile. Elle rapproche dans une question sur les étrangers en situations régulières et irrégulières en France, le déficit de la sécurité sociale, de chômage, les fraudeurs de la carte vitale, l'attente aux urgences.
Ergo dans un cerveau normalement constitué, pas méfiant, qui a peut-être subit des problèmes de chômages, de remboursements de sécurité sociale, ce sont les
étrangers qui sont la cause du problème. Et cela ressort tout au long du discours.
Encore une fois je n'apporte pas là une vérité révélée enfin au grand jour, je me contente de dire que cette femme est dangereuse car elle veut passer pour une tyran
light, en modérant en apparence son discours, en faisant de grandes envolées sur la Shoah et le négationnisme (mais qui va a un bal qui rassemble des néo-nazis affirmés), en soignant son apparence avec un petit tailleur chic (mais elle a de trop grands pieds, ça ne ment pas et en plus elle porte des chaussures pointues, et vous savez ce que Roald Dahl dit sur les chaussures pointues), mais dont chaque mot, chaque réponse montre à quel point elle entend reprendre œuvre paternelle. La pitié filiale c'est beau quand même.
Je ne vais pas relever ici tous les petits de langages, d'habitude, de sa façon de se victimiser en permanence pour attirer la sympathie, de parler d'elle à la troisième personne (fais attention cocotte, ça n'a pas réussi à César), parce que je ne pense pas que cela vous intéresserait, mais juste un exemple qui m'a scié.
Pour régler le problème des écoles, collèges, lycées en difficulté. Sous entendus dans nos
terrifiantes banlieues, tellement dégradées et invivables, donc pour régler le problème, on rase les bâtiments. Oui voilà, on rase les bâtiments et on les reconstruits propres pas loin. Parce que l'apanage de ce genre de personne c'est de nier le passé, de l'éradiquer, de créer une belle utopie (de repeindre les affreuses immeubles à pleins d'étages avec des fleurs) pas loin et de ne pas penser à se demander comment régler le problème qui a causé cette
dégradation des bâtiments. On rase et on refait. Et ça ira forcément mieux.
Ça marche pareil avec les cheveux ?